À votre attention :

Internet : vers la fin de la presse gratuite en ligne…

Le site canadien Lapresse a rencontré plusieurs spécialistes de la communication et du journalisme, et tous s’accordent sur un point : la presse en ligne gratuite n’existera bientôt plus.

de-nombreux-organes-de-presse-en-ligne-manquent-souvent-de-rigueur-contribuant-a-repandre-des-rumeurs-selon-une-etude-americaine_5213371

Pour Pierre Belanger, professeur en communication de l’Université d’Ottawa, la gratuité des journaux en ligne n’a plus aucun sens : « Les sites web des journaux n’ont plus rien à voir avec le journal qui atterrit sur notre balcon le matin. Ce sont de véritables salles de nouvelles en continu, des carrefours d’information qui offrent aussi bien des textes que des vidéo, des baladodiffusions, des galeries photo etc. Sans compter l’engagement de la rédaction, et c’est normal de payer pour y avoir accès ».

Le passage de la gratuité au payant peut être compris et accepté par les lecteurs, comme c’est le cas dans le secteur de la musique : « Prenons l’exemple de la musique. Avant, avec Napster et LimeWire, la gratuité était quasiment considérée comme un droit à la naissance. Aujourd’hui, le succès d’iTunes et d’Archambault montre que la tendance est réversible. Les gens se sont habitués à payer. Penser qu’on peut avoir accès à des contenus professionnels gratuitement sur le web, c’est de la fiction ».

Il n’y a pas trente-six moyens pour les sites d’information en ligne de se financer : la publicité ; ou faire payer l’accès au contenu. Ce sont les deux principales voies, toutes les autres ne sont que dérivées et secondaires. Or, les journaux en ligne doivent faire face à la baisse des revenus publicitaires. CQFD.

Le Wall Street Journal (USA) et le Financial Times (GB) sont les premiers journaux à avoir rendu payant leur site, et ce dès 1997, sous forme d’abonnement. Le quotidien américain a passé la barre des un million d’abonnés (79$ l’abonnement d’un an), preuve que cette politique ne fait pas fuir les lecteurs. Le Financial Times comptait en 2007 quant à lui près de100 000 abonnés. Même s’il s’agit dans ces exemples de journaux disposant d’une forte notoriété à la base, il est vrai. Le site britannique a opté depuis quelques années pour le semi-payant : 30 articles gratuits par moi sont proposés au lecteur.

En France, la plupart des articles du site du Figaro sont payants. L’Express et Le Monde, et bien d’autres ont choisi d’inclure une partie Premium payante, le reste étant librement et gratuitement consultable.

Comme le fait remarquer Pierre C. Bélanger : « Il faut certaines conditions pour qu’un système payant fonctionne. Le Financial Times et le Wall Street Journal offrent un contenu spécialisé et international. Les gens ne paieront pas pour accéder à des nouvelles générales, à ce que j’appelle «l’abondance de la redondance». C’est ce qui joue contre les médias généralistes. Leur approche basée sur le scoop et la nouvelle de la journée est fragilisée, voire caduque. Aujourd’hui, ils n’ont pas le choix d’imaginer autre chose ».

Plusieurs moyens sont bons pour attirer des lecteurs potentiels vers les offres payantes. Pour rendre attractif ses services, Le Monde propose la personnalisation de la page abonné, une application iOS ; Libération donne accès à 15 années d’archives, avec en plus de ça la possibilité d’avoir accès dès la veille à la construction en ligne du journal du lendemain.

Les spécialistes du secteur comme ses acteurs s’accordent sur cette évidence : il sera bientôt impossible d’accéder au contenu des journaux en ligne gratuitement. Le payant va devenir la règle.

Toutefois, rendre le contenu des articles payant n’est pas l’unique solution de viabilité économique de la presse en ligne. Pour réussir économiquement, Ken Doctor fait sur son blog (Newsonomics) une liste des opérations lucratives que pourraient mener les journaux en ligne :

1/ Compiler les archives des journaux et les proposer en livres électroniques ;

2/ Développer les conférences et entrevues, et tous événements en direct ;

3/ Multiplier les partenariats commerciales etc.

«L’archivage, et donc l’accès payant aux numéros passés, est une valeur ajoutée pour laquelle les gens seraient prêts à payer, ajoute Yves Rabeau, de l’UQAM. Aux États-Unis, on voit aussi des blogueurs devenir de véritables petits entrepreneurs et faire payer les internautes qui veulent accéder à leur blogue. Dans la mesure où il y a suffisamment de lecteurs, l’abonnement n’a pas besoin d’être très cher. On revient toutefois à la notion de qualité. Il faut que le blogueur en question offre quelque chose de vraiment unique pour que les gens soient prêts à payer pour le lire. Rareté et qualité, c’est ce qui fera la différence

Leave a Response

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*